MIMII

 MIMII 

 ILLUSTRATION @SARAXMAHMOUD    TEXTE @MANONRNLT 
Du jaune et des dessins enfantins. Du rose sur les paupières comme pour enivrer un monde trop noir. Atelier Mimii, c’est une petite souris en robe pleine de couleurs, qui se faufile dans un trou d’or coton, pour tricoter en secret des robes aux couleurs de la vie. L’ancienne génération aurait repeint en noir les couloirs des rêves alors que ses idéaux tombaient à l’eau. Alors pour lui répondre, la génération nouvelle a du déployer des arcs-en-ciel. Avec la vieillesse viendrait le pessimisme : voilà le nouveau conformisme ?Le rêve est l’élixir de la jeunesse ?“. Les douces abnégations ne peuvent bénéficiées de seconde mi-temps dans ce monde diletantte. Pour évoluer tu devras noircir les cernes sous tes yeux. Seul les jeunes ont la permission pokémon, petit poney et look coloré. Sinon t’es complètement barré.
Atelier Mimii a été crée par Marta Rios il y a peu de temps : la deuxième collection est sur les cintres. L’âge de Marta ? Sur les papiers de l’état civil, Marta est “jeune. “Donc autorisée au charivari coloré.” Pourtant l’inventivité et d’intelligence qui ressort de cette collection pourrait laisser présentir une vielle âme de chaman. Il faut dire que s’il fallait faire un portrait chiffré de Marta, le nombre de pays qu’elle a parcouru + le nombre de livres qu’elle a lu + le nombre d’années passées à étudier, à apprendre dans les ateliers Lesage = un chiffre qui défit celui de son âge.
Marta a vécu des millions de vies mais pour elle, cela n’a rien d’exceptionnel “Ma famille est espagnole, j’ai été au lycée au Luxembourg, et j’ai fait l’Istituto Marangoni à Paris. J’ai vécu en Chine en Inde. Je crois que je ne suis jamais restée plus de 4 ans dans une ville”. Les voyages se lisent dans les vêtements “Ces visages sont des symboles de joie en Chine, ici ce sont des dessins fait par des enfants en Inde”. Le tartan écossais se mêlent aux couleurs de drapeaux africains, et les petits sacs bleus percés de blanc comme un ciel ou les nuages s’estompent, rappellent que peu importe la fenêtre, le ciel est le même pour tout le monde.
Les pièces de la collection sont faites main- soit des heures passées dans les broderies, le satin, l’orgenza, les perles, et le velours javellisé “Le temps pour cette pièce ? Ohh Juste beaucoup”. La patience est une valeur non inculquée, et même dissimulée aux nouvelles générations. L’immédiateté : voilà à quoi ronronne la société. Une jolie illusion. Même pour créer une ligne aussi joviale soit-elle, aussi colorée soit-elle : il faut du temps. Maria a synthétisé ses voyages, réels et imaginaires, condensé sa curiosité débordante pour proposer une collection qui télescope des continents et des époques.
Du temps : Marta regrette de ne pas en avoir assez. Une amoureuse des petits cinémas de quartiers, des vernissages, ou du travail de David Hockney. “Ces tableaux dégagent un telle puissance, son travail avec la photographie, cette volonté de recomposition du réel avec un procédé qui défit la réalité me passionne”. Au détour de quelques pièces quelques réminiscences d’ Henry Matisse viennent : pourtant c’est différent. “Oui je dessine beaucoup, chaque pièces vient du dessin d’un personnage. “ Comme toujours, la petite souris retourne dans le fond de son atelier. Cette fois elle dessine : des figures remplies d’histoires. Des images dans des imaginaires, une radioscopie de notre pauvre machine à espérer.
Espérer quoi ? Être un autre ? Comme les acteurs au théâtre ? Alors on pourrait réduire les collections de l’atelier Mimii à un théâtre. Une théatralisation, devenue terme d’une description hyper-réelle : plus que jamais nous sommes sur les réseaux sociaux tous en représentation.
Il pleut à Paris, et pourtant avec Marta, le soleil transperce la pièce. Tout ça sonne un peu poème à deux balles pour SMS tarabiscoté, mais une image solaire reste de cette fille qui a choisi de transformer les mines maussades en petit smileys ambulants “Je ne porte jamais de noir, j’aime voir les visages des gens changer face à la couleur. Les vêtements permettent de communiquer, alors autant faire sourire. Permettre de s’échapper de la routine.” Tout en silence, la souris sourit comme une enfant timide dans sa robe trapèze multicolore. Pourtant elle n’a rien d’une enfant. Et si le concept d’âge vous semble dérisoire, que la gloire n’atteint pas le nombre des années et que 27 ans ne vous parait pas être la date de péremption pour créer, alors sourire.

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