À L’ORIGINE

À L’ORIGINE

◼ Illustration @CLUMSYHANDZ  ◼ Texte @DRYVO
@DRYVO 
« Mon plat arrive sur la table, cela fait plus de vingt minutes que je l’attends, remercions le Seigneur et mangeons vite avant que cela ne refroidisse ». Cette phrase je la sortais souvent par le passé, mais aujourd’hui le Tout-Puissant a été substitué par mon iPhone et le cliché de mon assiette s’est imposé comme le nouveau bénédicité.
MSN, BBM, Myspace, Skyblog, cela ne vous rappelle-t-il pas quelque chose ? Non ? Normal, car le rouleau compresseur qu’est Instagram est depuis passé par là. À la base, dédié au partage de photos, Insta s’est rapidement établi comme le repère de tous les narcisses. Kevin Systrom, son inventeur, eut un jour un déclic en rêvassant devant un coucher de soleil:  Il se devait d’élaborer un réseau social dédié à la création et au partage de photos, à une époque où les capteurs de nos smartphones commençaient à devenir de plus en plus performants. C’est la facilité à produire des images stylisées grâce à des filtres terriblement cheaps qui a rendu l’application tout de suite populaire. Mais la particularité la plus visionnaire de cette application fut sans doute le fait d’être le premier réseau social exclusivement disponible sur smartphones, ce qui augurait l’ère où le portable serait le principal outil de connectivité entre êtres humains.
Coup de bol pour Kevin, les célébrités ont rapidement pris d’assaut le réseau en téléchargeant des photos d’elles dans leurs vies de tous les jours, changeant radicalement son utilisation de base.
@CLUMSYHANDZ POUR WGTFLW MAGAZINE NUMÉRO SAMPLE 
Quelques photos en bikini plus tard et voici l’arrivée de plusieurs millions d’utilisateurs, mais aussi celle de Facebook qui décida en 2012 de racheter cette pauvre petite application ne générant pour le moment aucun profit, pour la modique somme d’un milliard de dollars.
Il est très vite devenu évident que l’entreprise de Mark Zuckerberg voulait utiliser cette plateforme dans le but de dévorer ses principaux concurrents tels que Vine ou Snapchat, pour ainsi faire d’Instagram un des réseaux les plus appréciés des 15-25 ans.
L’arrivée massive de marques, maisons de production studios de design et artistes en tout genre, n’a fait qu’accentuer la place centrale qu’Instagram a dans nos moyens de communiquer et de découvrir. Et comme dans la vraie vie, on y retrouve ce que l’on appelle des leaders d’opinions. Chacun s’exprime sur ses goûts, ses informations et découvertes. Leurs nombres est devenu si important, qu’il est possible de les retrouver dans n’importe quel secteur. Cette population se divise donc en plusieurs communautés réunies sous la même bannière, communiquant sans cesse sur leur vie quotidienne. Une sorte de réseau souterrain à la vie réelle.
La priorité revient donc à soigner son image, à l’embellir, ou dans certains cas à la trafiquer. C’est ce que l’on appelle un avatar, un genre de carte d’identité « 2.0 », où plus tu seras populaire, plus ton message sera diffusé.
En effet, ce petit bout de femme réalisée en image de synthèse, se met en scène en diffusant des photos d’elle vêtue de marques très pointues et se lançant même dans la production d’un album electro. Encore plus fou, les marques veulent absolument en faire leur égérie. Dans une interview donnée à « Business of Fashion », elle aimerait qu’on la décrive comme une artiste et qu’on se concentre plutôt sur ses talents que sur les détails superficiels de son existence. [sic]
Elle n’a pas tout à fait tort, et qu’il s’agisse en réalité d’une intelligence artificielle, d’une femme, ou d’un alien, elle diffuse un contenu et nourrit une communauté qui l’apprécie pour ce qu’elle est. De quoi brouiller les frontières entre le monde réel et le monde virtuel, en faisant de notre profil une extension de notre âme.
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