LA MODE DEVIENDRAIT-ELLE LA PÉPINIÈRE DES ROBOTS GIRLS ?

LA MODE DEVIENDRAIT-ELLE LA PÉPINIÈRE DES ROBOT GIRLS ?

◼ Illustration @DRYVO  ◼ Texte @ZE_BRUNE_PATATE
Il y a quelques années, le regretté Alexander McQueen avait ébloui le Front Row avec son défilé N°13 en laissant son mannequin s’adonner à une performance « en direct ». Ledit mannequin était accompagné de deux robots. Mais McQueen était allé plus loin avec son show Plato’s Atlantis (2010) en jouant sur l’hybridité de ses mannequins. En effet, la fille McQueen ressemblait à une figure de l’Atlantide, mi-femme, mi-poisson ayant pour fidèles compagnons deux « gigantesques robots ». Ce défilé a aussi été transmis en direct. McQueen ne se doutait certainement pas à l’époque que le « streaming » allait envahir le milieu de la mode, en rendant la privatisation des défilés obsolète.
Aujourd’hui, les réseaux sociaux, les GPS bref, tout ce qu’on utilise est connecté. Il est inconcevable pour nous de se trimballer sans un smartphone (téléphone intelligent). Quant aux défilés, tout le monde peut les visualiser en direct, immédiatement l’immédiateté étant le maître-mot des réseaux sociaux d’où la démocratisation, via des formes « d’intelligences » insoupçonnées, de la Fashion Week et de ce qu’il y a avant, après et pendant le « show ». Focus sur une industrie carburant aux insta-stories. 
EXPOSITION GAULTIER ET CHOPINOT, LE DÉFILÉ (3/6), HOLOGRAMME (SCÉNOGRAPHIE)
 
Barbie Parlante doublée d’un super coup marketing ? On sait tous aujourd’hui que les réseaux sociaux font partie intégrante de nos vies. « Scroller » un feed instagram, lire des statuts facebook et descendre quelqu’un sur Tweeter est devenu d’une banalité déstabilisante. Stéphane Mallard, lors d’une conférence intitulée Intelligence artificielle. A l’aube de la disruption ultime, compare ce phénomène au phénomène « Pokémon » qui a envahi tous les foyers à l’aube du troisième millénaire on pourrait aussi penser à la « digitalisation » de la mode Pokémon via le jeu Pokémon Go qui a connu son quart d’heure de gloire il y a deux ans. Ceci a bien sûr était vu et développé dans de précédents articles mais il est intéressant de noter que le conférencier est allé plus loin en évoquant une « intelligence artificielle éduquée » qui deviendrait par la suite automne.
Cette intelligence est justement d’actualité. On la « voit » derrière nos écrans. Certains d’entre nous la suivent sur Instagram ne saisissant, dans la plupart des cas, aucune différence entre cette « chose » et un humain. Elles s’appellent ainsi Erica ou Miquela Sousa, sont branchées, très minces et ont un feed Instagram digne des plus grandes influenceuses. Ces « filles » next door ont pourtant de quoi nous faire tiquer : elles ne sont pas « humaines ». Robot ultra-performant, Miquela est suivie par plus de  800K « Miquelites », une communauté qui, loin d’être rebutée par l’absence de traits « humains » de leur mascotte, la soutient, la reléguant ainsi au statut de It-Girl. Or, ce robot, parfait, ne dicterait-il pas le début de l’impérialisme de la perfection ? En effet, l’étiquette « zéro défaut », tant désirée par l’être humain vient d’être réalisé, un fantasme qui prend enfin sens via le digital une plateforme web et un humanoïde.
On sent dans cette manière de se rapprocher de la perfection via des hologrammes une certaine perfidie dans le sens où « bombarder » le spectateur d’images « zéro défauts » l’incite, inconsciemment, à se conformer à une nouvelle image, une nouvelle esthétique du corps. Yves Citton, dans son ouvrage Médiarchie (2017) parle même d’un « vague sentiment d’une manipulation générale, à laquelle nous serions tous assujettis de la part d’intérêts particuliers abusant de leur pouvoir pour nous empêcher de voir la réalité telle qu’elle est. ». Bien que le contexte ne soit pas vraiment le même Citton évoque dans le premier chapitre de Médiarchiele Journal Télévisé alors qu’ici, on s’intéresse essentiellement aux réseaux sociaux et a fortiori à Instagram, cette « manipulation » est d’autant plus exacerbée quand il s’agit de beauté. En effet, robotiser le corps de la femme c’est d’une part annihiler ce qu’il a d’humain donc de défectible, de défaillant et d’usé en aspirant à une forme d’art faux, feint car essentiellement mercantile. La sphère mode s’est réappropriée les « hologrammes » des jeux vidéos par exemple puisque c’est « vendeur », puisqu’aujourd’hui, la frontière entre réel et virtuel est de plus en plus floue voire inexistante la fameuse Miquela Sousa, répond à « tous les messages de ses fans » peut-on lire dans les colonnes des Inrockuptibles. Elle est aussi « programmée pour ça ».
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