IL ÉTAIT UNE FOIS… LES SILHOUETTES REBELLES DE MADEMOISELLE MANAS

IL ÉTAIT UNE FOIS… LES SILHOUETTES REBELLES DE MADEMOISELLE MANAS

◼ Illustration @SARAXMAHMOUD  ◼ Texte @ZE_BRUNE_PATATE
Régimes, détox, rééquilibrage alimentaire… et si on laissait nos corps en paix ? Et si on arrêtait de vouloir incarner « le chic de la parisienne » filiforme, toujours dans l’hyper-contrôle ? Et si on se réconciliait avec nous-même avec la dernière collection d’Ester Manas, la révélation-choc de la dernière édition du Festival Hyères ?
Jamais assez mince, jamais assez grande, jamais assez jeune… l’industrie de la mode nous a habitués à voir des filles « surréelles » et ce, peu importe le prix à payer. Or, on voit fleurir, depuis quelques années des « mannequins plus size ». Ashley Graham, chef de file de ces « girls » a fini par faire ébranler les consciences en nous réconciliant avec notre cellulite et autres particules graisseuses qu’on voulait absolument chasser afin de ressembler au midinettes de seize ans qui foulent les plus grands catwalks. Mais, et même avec des filles qui font une taille largement au-dessus de la taille zéro, l’industrie de la mode peinait à laisser des filles lambda défiler.
Chez Jacquemus, par exemple, on a vu, des « panthères » aux cheveux bouclés, des filles ayant des problèmes d’acnés bref, des mannequins sans « zéro défaut ». Mais là encore, il restait un bon bout de chemin à faire puisqu’il n’y pas qu’un seul type de femmes, heureusement pour nous d’ailleurs, mais une multitude de silhouettes, de carnations de peau et de courbes ! C’est justement au Festival Hyères que le changement a eu lieu.
Elle s’appelle Ester Manas, fait une taille 44 et refuse de créer des vêtements estampillés taille zéro. Finaliste de la 33ème édition du Festival Hyères, Ester n’hésite pas à faire défiler des filles bien en chair, une prise de risque saluée par le jury. Chez Ester, toutes les femmes ont droit à la branchitude tout en étant à l’aise dans leurs « escarpins » mais surtout, tout en se sentant « fortes ». Exit donc le travail sur des corps « gros », anciennement minces, c’est-à-dire, en grossissant un vêtement taillé pour une silhouette filiforme. Ester, comme on peut le lire dans les colonnes des Inrockuptibles « coupe, enlève, moule, car cela crée aussiun véritable dialogue avec le corps et la femme ». Chaque silhouette est manipulée avec la technicité qui lui sied le mieux afin que toutes les femmes, qu’elles fassent du 34 ou du 50, se sentent « sexy, protégées, armées pour le monde extérieur ».
Cellulite, bourrelets, corps XXL, les filles d’Ester incarnent le maximalisme, une tendance mode qu’on retrouve notamment chez Gucci, non plus à travers le vêtement, mais à travers la silhouette. Surplus, débordement, excès… le vêtement devient une excroissance d’un corps déjà large, un corps artistiquement mis en valeur et qui, de facto, se suffit à lui-même.
En effet, les silhouettes d’Ester n’ont plus besoin d’un bouclier « masculin » ou d’une protection « patriarcale ». On comprend dès lors que ces corps iconoclastes, autrefois rejetées par une société qui idolâtre les « petites filles fragiles » donc très minces voire maigres, inspirent la répulsion de certains non pas parce qu’ils sont jugés « disgracieux » mais parce qu’ils empiètent sur une virilité masculine, de plus en plus contestée. La jeune femme n’a d’ailleurs pas hésité à employer des termes relatifs au combat, à la lutte pour parler de son défilé, transcendant ainsi l’esthétique de sa collection vers une militance subtile mais non moins éloquente.
Botticelli célébrait les courbes féminines dans La Naissance de Vénus, Fragonard aimait peindre de jolis « culs » rond, des visages poupons et des joues bien rebondis et ce, bien avant l’avènement de la poitrine plantureuse de Marylin Monroe ou, plus récemment, de la croupe, devenue quasi « mythique » de Kim Kardashian. Mincir toujours plus, serait peut-être une manière perfide d’occuper moins de place donc de se soumettre à l’autre en refusant de jouir de son corps. Un corps plantureux, c’est un corps en lutte, un corps transgressif, anticonformiste, diront certains, un corps qui crie l’empowerment l’air de rien. Pensez-y avant de commencer votre objection « bikini body ».
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