RELIGION: LA SACERDOCE DE LA MODE #METGALA

RELIGION: LA SACERDOCE DE LA MODE #METGALA

◼ Illustration @SELIMMEHENNI ◼ Texte @MANONRNLT
Anna is a Punk Rocker ?  Anna Wintour, rédactrice en chef du cahier des charges de la mode Américaine, (Vogue) orchestre depuis 1995 le Gala du Metropolitan Museum à New York. Le thème de cette année:  » Heavenly Bodies : Fashion and the Catholic Imagination » Résolument insolent ? La religion est un sujet houleux, un sujet de controverse, en somme le parfait gimmick marketing dans la liturgie de l’irrévérence pour les oies blanches. Prenez vos billets pour visiter l’exposition la plus irrévérencieusement correcte.
Scandales et millions dollars
Des robes ostentatoires, portées par les actrices et mannequins dont l’influence fait fois. Au milieu de la foule pieuse, Rihanna confirme son statut de papesse dans une robe Martin Margiela haute-couture, qui aurait demandé 750 heures de travail. Si Rihanna fait souvent scandale, est-elle la Marie-Madeleine de l’industrie de la mode ? Avec Fenty, sa marque de cosmétique, elle permet à LVMH de multiplier son chiffre d’affaires. Corps et esprit dévoué au luxe, Rihanna est la reine de l’opulence. Une papesse néo-baroque, car c’est bien du faste papale du XVI iéme siècle dont elle est la digne héritière.Le véritable scandale aurait été qu’elle porte une stérile toge blanche. Personne ne souhaitait cela ; personne n’aurait compris cette véritable entorse au système. L’ensemble des invités, à l’image de Rihanna, délaissent la retenue et l’ascèse religieuse. S’habiller ne se fait plus selon une approche fonctionnaliste, s’habiller devient un moyen d’exercer son pouvoir : soit les réminiscences d’une Église riche et influente. L’aspect de l’Église le plus fantasque, le parfait biais pour nous jeter en pleine figure des robes haute-couture, comme des millions de dollars jetées avec violence à la figure des masses dont l’accès au luxe doit rester de l’ordre du fantasme.
L’ostentatoire tu aimeras
L’Église : un lieu remplit de dogmes sévères ? Si c’est souvent l’idée réifiée par les stars pour faire scandale, en réalité la religion catholique voue un culte tout aussi farouche que le monde du luxe aux dorures et à l’apparence. Pascal Morand, auteur du livre Luxe et religion note l’adoration de l’ornement des apparences prolifiques face à l’héritage moraliste des stoïciens chez les papes à partir du XIV. Par la suite les jésuites utiliseront l’art par convertir les fidèles et mèneront une croisade pour donner un sens à la volupté et à l’esthétisme. En somme Anna Wintour et Rihanna prennent à bras le corps les suites de cette bataille pour justifier le bling bling, dans un bal ou seule la beauté des tenues est questionnée. Le bal du scandale ? Plutôt le bal du dogme religieux et de la pérennité financière: en pleine ère du streetwear ou le but est d’assouvir son statut en accumulant les logos, on trouve dans l’église catholique un charme similaire. Adieu aux stoïcs créateurs Belges, vive le streetwear. Au XV le baroque a congédié la figure de Tartulien (un penseur qui réfute tout ce qui est lié à l’apparence): en 2018 le streetwear sonne le glas du style belge.
Non ma fille tu n’iras pas danser
Si la religion catholique contient en elle cette ambivalence entre condamnation de l’ornement et goût pour un luxe, sa politique envers les femmes se radicalise au XIX. Camisole de la féminité, la figure de la vierge permet de fixer les corps des jeunes filles. Alain Corbin parle d’une époque de « mariophanie ». Chemin de croix, rosaire, culte de sainte Bernadette et multiplications des apparitions sont autant d’instances, pour préserver « du péché originel. Les larmes sur la figure de Lily Collins, la couronne de piques de Blake Lively ou les oiseaux morts de Lana Del Rey : autant de symboles qui rappellent l’iconographie catholique. Toutes les vies de Marie, complexes et contradictoires sont présentes sous le sigle de la beauté  » elle doit faire correspondre la silhouette de la jeune fille de 17 ans qui reçoit la visite de l’archange et celui de la Vierge à l’enfant dont les formes attestent de la récente maternité »-Alain Corbin à propose de la figure de Marie au XIX.  Kim Kardashian dans une robe au plus proche de son corps de Vénus des temps modernes, est la mater féconde. (Le hic : elle a eu recourt à une mère porteuse,mais chut ?). Madonna, gardienne de la recette du scandale religieux sulfureux, semble faire le deuil de sa gloire, une rose noire à la main. La passion du scandale et de la mode est aussi violente qu’une descente de croix. À la lueur de l’actualité (#Metoo) comment interpréter ces visages auréolés, qui transforment le symbole de la répréhension du corps des femmes en costume de bal ?
Dans la mode comme dans la religion, le culte de l’apparence sert d’excuse à une certaine idée de la beauté et de la richesse. Apparemment en 2018 le luxe prône l’ouverture, la diversité pour mieux convertir les nouveaux bandits du streetwear à ses codes classiques. Le catholicisme fait partie de l’histoire de la mode, et d’une histoire culturelle occidentale. Les paradoxes vierge/putain, acsèce/luxe fondent notre pop culture est sont des routes « irrévérencieuses » bien balisées. Les autres religions sont des points d’interrogations. Cela révèle un monopole occidental dans la production des images culturelles. Si l’Église est constituée comme un tabou, c’est pour attirer. Pour être « punk » dans le système il faut suivre « la bonne parole ». Regarder les autres formes culturelles, les autres religions : une peur. Le catholicisme a perdu son influence sur les manières de faire communauté: les réseaux sociaux sont de nouveaux lieux de cultes. Mais en ce mois de mai, les catho ont réussi leurs croisades, car on ne peut éviter leur invocation sur Instagram.
Le véritable scandale : en 2018 le scandale est scrupuleusement définit par la même élite.
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