SUR LES PAS DE HILTON, PARIS HILTON !

SUR LES PAS DE HILTON, PARIS HILTON !

◼ Illustration @SELIMMEHENNI  ◼ Texte @ZE_BRUNE_PATATE
Elle a démocratisé le selfie, une trouvaille qui remonte jusqu’à Rembrandt, a amorcé la mode du rose bonbon, du jean (ultra) taille-basse, de l’auto-bronzant, de la marque Juicy Couture autrefois super Kitsch, la marque de jogging est adulée par la reine des milléniales alias Kylie Jenner. Bref, on parle d’un drôle de spécimen, aussi désirable que repoussant. On l’a enviée, critiquée, massacrée, détestée, suivie dans son quotidien, suivie ses démêlés avec la justice bref, on parle de la sister de Kim K, du moins dans une autre vie, Paris Hilton.
Une vie pas aussi « simple » say it in english !
Le programme The Simple Life a commencé quatre ans après Big Brothers, le premier programme de télé-réalité. En gros, Big Brothers c’est le Loft Story néerlandais. Mais, il ne faut surtout pas se méprendre : dans The Simple Life, on ne suit plus uniquement les « aventures » d’un échantillon du commun des mortels, enfermé dans une superbe villa pour X jours, en gros, martyrisé mais avec chic puisque The Simple Life, c’est une télé-réalité « people ». Elle met, de fait, sous le feu des projecteurs deux jet-setteuses, jusque-là inconnues du grand public il n’y avait pas Instagram à l’époque. L’enjeu devient donc double : on suit le quotidien de deux rich kids livrées, certainement pour la première fois de leurs vies, à elles-mêmes. Autre point intéressant, The Simple Life a débuté juste après l’affaire de la sex-tape dont a été victime Paris. Stratégie marketing ou revenge porn ? La frontière reste jusqu’à aujourd’hui floue entre les deux hypothèses puisque Paris doit, en grande partie sa renommée à cette casette assez compromettante. Dans King Kong Théorie, Virginie Despentes souligne justement un point intéressant dans l’histoire de cette sex-tape « (…) Mais Paris Hilton n’est pas une hardeuse locale, avant d’être une femme dont on a vu la chatte, elle est l’héritière des hôtels Hilton. Il est pour elle impensable qu’un homme de rang inférieur la mette en danger. » Protégée par son rang, cette vidéo a donné un sacré coup de pouce à la carrière de Paris nonobstant son contenu et tout ce que les esprits « bien-pensants » pouvaient en penser. D’ailleurs, une certaine Kim Kardashian « récidivera » en tirant profit de la même affaire. Etouffés par d’autres « buzz », aujourd’hui, on ne retient que la success story de Paris ou encore, la maman accomplie qu’est devenue Kim Kardashian.
Rosé Rush by Paris Hilton d’un coté et KKW Body by Kim Kardashian de l’autre.
Le dico de la télé-réalité
On a l’impression que l’Incroyable Famille Kardashian ou encore, le quotidien des Hadid, mêmement exhibé sur le petit écran et encore plus sur Instagram ont été calqués sur le modèle de The Simple Life. Paris, indétrônable même en s’étant assagie, est toujours la chouchoute de Jeremy Scott et s’habille en Moschino, en témoigne cet ensemble Barbie, so Paris.
Mais il n’y a pas que les anglo-saxons qui ont vu en The Simple Life LE jackpot. Voulant reproduire le modèle américain, plusieurs chaînes ont produit d’autres « télé-réalités » re-faisant ainsi appel au « commun des mortels » tout en inventant de nouveaux concepts, toujours dans l’optique de rendre célèbre un individu qui n’a pour seul talent que… l’art de la manipulation. Point supplémentaire : les candidats sont sélectionnés à partir de critères axés sur l’apparence. Autrement dit, certains « people en devenir » n’avaient dans la jugeote qu’un « non mais allo quoi ? » ou encore « je me suis fait entuber » c’est dire, du moins, c’est ce qu’on croyait. En effet, la manipulation étant basée sur l’art de l’argumentation, nos amis d’une saison se prenaient pour de fins rhéteurs. C’est Aristote et consorts qui devraient jubiler… de honte ! Les codes de l’argumentation ont bien changé depuis les banquets orgiaques de Platon. Merci Secret Story and co !
Le dick-oh de la téléréalité !
Un peu de retenue jeunes gens ! En effet, si les prouesses linguistiques de nos poulains prénommés Nabilla ou Zarko laissent à désirer ou pire encore, ne pourraient JAMAIS nous aider à réviser nos règles de grammaire, il y a aussi une autre étiquette qu’on colle à la télé-réalité, celle de la grossièreté langagière. Voir des personnes « glander », c’est le cas de la dire, toute la journée n’est pas ce qu’il y a de plus excitant MAIS, inventer des conflits de toutes pièces et de fait, encourager les crêpages de chignons jusqu’ce que le téléspectateur ne sache plus si ces « jeunes » gens sont en train de se dévoiler sous l’effet de la colère ou si tout cela n’est qu’une mise en scène, excellemment orchestrée par la prod, prête à la confusion. La violence verbale alimentée par des « putain » et faisant du duo « salope/connard » un refrain pas très conventionnel devient l’ADN des candidats comblant ainsi une vacuité linguistique qui mime rarement la réalité.
Etre et paraître se superposent dans ces émissions faisant d’une part, d’une Nabilla une écervelée mais qui a réussi à gravir les échelons d’une société qui la méprisait autrefois et ce, grâce à des formules drolatiques et en amorçant, d’autre part, et avec Paris Hilton le phénomène de la starlette qui sous ses airs de femme inaccessible peut vivre une semaine sans faire sa « routine beauté du soir » quoique là-dessus, le débat soit encore ouvert !
Langue de vipères, vipères tout court, extrême violence… la téléréalité n’est qu’une miniaturisation de notre quotidien avec une bonne part de catharsis. Voir des gens réaliser nos fantasmes les plus « secrets », se faire du mal pour mille balles ou encore, piquer le copain de sa meilleure amie parce que réussir une mission est synonyme d’empathie de la part du spectateur, tous les moyens sont bons pour sortir de l’anonymat et si possible, devenir riche. La téléréalité c’est quoi, me diriez-vous ? Et bien, c’est la confirmation d’un capitalisme de plus en plus aliénant.

#cannes2018 #cannesfilmfestival #starwars 💫

Une publication partagée par Nabilla Benattia (@nabillanew) le

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