CLAQUETTE BANANE OU LE BANANA-SPLIT DE LA MODE ?

CLAQUETTE BANANE OU LE BANANA-SPLIT DE LA MODE ?

◼ Illustration @SELIMMEHENNI  ◼ Texte @ZE_BRUNE_PATATE
Si le clip claquettes/chaussettes Alrima n’est pas passé inaperçu l’année dernière, le plus what the fuck des artistes n’aurait jamais parié que de la claquette/chaussettes on passerait, presque sans transition, à la… claquette/banane. Un zoom sur nos petons s’impose !
Il y a quelques semaines, les esprits bien-pensants de la mode s’étaient enflammés à la vue d’un drôle d’objet estampillé Facho-Fashion : une claquette surplombée d’une banane, tape-à-l’œil aussi bien au niveau de la forme que de la couleur. Cet objet n’est pourtant pas aussi bizarroïde qu’on ne le pense puisqu’il n’est que le digne héritier d’une lignée de pièces aussi importables qu’intrigantes : le jean transparent et plastifié Topshop, le maillot de bain Cro-magnon Beloved Shirts et surtout, aux crocs Balenciaga, le must-have de l’été (rire jaune). Donc pourquoi autant d’offuscation quant à la vue de cette combinaison claquettes/banane ? Pourquoi s’indigner ?
A noter aussi que ce combo est ultra-fonctionnel. En effet, il est impossible de se faire piquer quoi que ce soit avec une banane qui fait coucou à vos orteils. Mais blague à part la team WGTFLW, la mode ne cesse, depuis un moment, de faire fusionner plusieurs pièces : on a eu droit au skort contraction de short et de jupe, les creepers baskets Puma soigneusement conçus par Bad Girl Riri et qui feraient trembler plus d’un mod endurci ou encore, le salop-sweat non non, ce n’est pas une nouvelle pratique sexuelle- qui est un sweat-shirt/salopette imaginé par les étudiants de la dernière édition du festival Anti Fashion. Toutefois, on ne pourra pas clore ce palmarès sans évoquer le pull-chaussette de Martin Margiela, le roi de la récup.
Que la force du Do It Yourself soit avec toi
C’est justement dans ce contexte que s’inscrit cette hybridation vestimentaire. En effet, après l’hybridation des styles  punk et hiphop se mêlent très bien aujourd’hui ou encore look dadame encanaillé par une…. Banane et ou des sexes la mode dégenrée, les vêtements fusionnent dans un but économique mais aussi esthétique. Au-delà du côté « fashion mais l’air de rien », le commun des mortels peut lui aussi s’amuser à faire sa propre claquettes/banane ou à couper deux blue jeans avant de s’adonner à une séance de patchwork. Donc oui, la ploucsterie comprendre l’attitude du plouc chic en 2018 façon Frank Dubosc policée n’est pas si ubuesque qu’on ne le pense car au-delà de l’enjeu esthétique qui consiste en une création à partir de pièces déjà existantes, une pratique qui attire très spécialement… J.W Anderson, cette manière très proche des préceptes punk du Do it Yourself, de concevoir la création démystifie l’idée de création élitiste c’est-à-dire appartenant à une seule catégorie de personnes, académiques, talentueux car approuvés justement par une institution. Cette claquette/banane amuse la galerie 2.0 tout en tordant le cou à une idée reçue depuis la nuit des temps : la création n’est l’apanage de personne, on est tous apte de créer du moment qu’on a une paire de ciseaux, des fringues et deux trois idées dans le ciboulot.
La mode n’invente rien puisqu’il n’y a plus rien à inventer mais la création vient de cette finesse à savoir réarranger des pièces, moduler un vêtement au gré du mood du consommateur et surtout, prendre la création au second degré. Qui aurait cru qu’un jour la claquette/chaussettes allait se décliner en claquette/bas résilles ou en claquettes/collants ? Mieux encore, qui a pensé qu’un groupe de skateurs inspiré d’art contemporain allait devenir Supreme ? Bref, la mode ne se démode pas : elle se réinvente sans cesse.
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