MARSEILLE

MARSEILLE

◼ Illustration @SELIMMEHENNI ◼ Texte @MANONRNLT
Akkenethon et Louis Vuitton : Marseille la clinquante
Pour casser son image, rien de tel qu’un brin d’exotisme. Direction Marseille, la ville du crime, des Sergio Tachinni et de la contrefaçon. Une ville en bord de mer que Paris pousse dans le gouffre à coup d’idées cheap. Une vague de Rap, de Cagoles et de stéréotypes clinquants noient Marseille dans la catégorie « populaire ». Pas dans le sens positif : « connue par le plus grand nombre. » Non, le populaire tel que Pierre Bourdieu le définit dans sa sociologie. Le goût méprisé et méprisable d’une classe peu éduquée. Trop de pauvres, trop d’immigrés : Marseille occupe le rôle parfait de la ville à aider. Paris, ou le gentil colonisateur fait de Marseille et sa marseillaise une bonne cause. Pourtant depuis 2013, la ville a changé: capitale Européenne de la culture, ouverture de musées, d’écoles de modes, refonte de quartiers. Dans son article « If You Could Go Anywhere, Where Would You Want to Travel? »le New York Times place Marseille dans la catégorie « ville à avenir radieux ». Nous sommes alors en 2013. Paris tu dors ?
Coup de grâce, en 2016 la prévisioniste des tendances Lidewij Edelkoort, y établie son laboratoire « anti-fashion ». Soit l’anti-scène du système de la mode, qui vise à mener une réflexion sur les changements profonds à effectuer pour transformer l’industrie. Les journalistes n’ont plus le choix : Marseille here we come. La Parisienne pour ne pas sombrer dans son verre de vin rouge et maintenir sa garde-médiatique doit migrer. Prend garde à toi la Marseillaise.
La marseillaise, une fille sympathique et légère : un jolie euphémisme ?
Le bon goût culturel élitiste côtoie Phillipe Plein et la dorure des jantes des voitures : un scénario complexe, le scénario rêvé. Marseille présente suffisamment de confort pour faire du danger un élément réutilisable et dommesticable. La cagole perchée sur ses talons de 18 cm, maquillée comme une voiture volée, bronzage orangé (#GiorgioArmani) devient un élément sympathique. Son mauvais goût attire la sympathie des prescripteurs de l’élégance. Parisienne m’entend-tu ? Plutôt que d’être son ennemie, elle devient son amie. Elle ne la civilise point : le caractère risible du personnage sert de fond marketing à la télé-réalité. Toute une économie. La parisienne emprunte à la cagole sa légèreté, sa joie de vivre. Son prêt taux zéro chez Cetelem, elle peu le garder. Un problème de classe sociales et sous-jacent à tout cet ordre des stéréotypes. La parisienne vient des classes dominantes, la cagole reste dominée. Au milieu de tout cela, impossible de trouver la marseillaise. Elle sera une fille Simon Porte Jacquemus ou ne sera pas ? Les choses sont un peu plus complexes et des filles de toute origines sociales et raciales composent le panorama marseillais.
Les cigales peuvent continuer de chanter. La parisienne arrive, comme on s’en va en guerre Mironton, mironton, mirontaine. En allant à Marseille c’est l’amour du risque de l’authentique et la peur de lasser que la Parisienne tronque. Pourtant elle arrive dans une ville qui est loin de la gouaille vulgaire qu’on lui accorde. Le potentiel de Marseille n’est plus à prouver et des prescripteurs l’on bien compris.
Marseille renvoie la France à son passé colonial, à sa conception élitiste de la culture. C’est là toute sa richesse.La nouvelle popularité de Marseille oblige à se questionner. Alors restons critique si un article nous donne des conseils pour devenir Marseillaise. De qui parle t-on ?
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