MELODY THOMAS

 MELODY THOMAS 

ILLUSTRATION @SELIMMEHENNI TEXTE @MANONRNLT

Allo, allo, ça va ? Ça va ! : j’ai même envie d’aller boire une pinte, qu’on se tape dans le dos et qu’on se lance des petites fleurs parce qu’en septembre ; si on a bien compté sur nos petits doigts, il y a 12 covers avec des femmes noires. Ouf/ le monde de la mode a fait un geste…

 

Alors on gueule notre joie tout en espérant que c’est assez pour nous laver les mains… Faut faire table rase (Des années ou les annonceurs pensaient encore qu’une femme noire ou d’une corpulence autre que Blanche/1m75 ++/34 — ne trouverai pas preneur auprès des publics de magazines de modes. Ce temps, est-il révolu ? T’en penses quoi Mélody ?

 

Mélody Thomas est une jeune journaliste qui nous redonne foi en la profession. Tout juste arrivée à la tête de la Mode sur Marie Claire.fr elle a questionné les « tenus pour acquis » de ce monde impitoyable dans Les Inrocks, Jalouse ou Glamour. Elle a également la garde partagée avec Jennifer Padjeni, d’une Newsletter intitulé « What’s Good ? ».

 

Un vendredi après midi, Mélody nous a parlé de l’industrie de mode, de la signification de ces covers de septembre, mais aussi de l’engouement qu’elles provoquent. On est même allé jusqu’à parler scénario politique, mais on se garde ça pour 2022.

 

« Le but final ? Que toutes ce covers ne soient plus des exceptions. On ne devrait plus avoir à compter chaque année s’il y a plus ou moins de femmes noires en une des magazines. Le but, c’est juste de ne plus rien se dire : acheter le magazine et regarder la personne. L’actrice, la chanteuse-ne plus s’arrêter à la couleur, ou à la corpulence (…) le jour où l’on ne s’étonnera plus : là, les choses auront changé».

 

Vous allez nous trouver Rabat-joie, mais non. Juste besoin remettre deux ou trois trucs à plat.

Allo Le public ? On a mal compris ? Can you repeat ?

 

« Douze couvertures : c’est très positif en soi. Enfin, on brise l’idée répandue par les annonceurs, selon laquelle les personnes noires sont à l’origine des baisses des ventes dans la presse. (…) Le bémol : il ne faut pas oublier que ces femmes en covers ne sont pas des mannequins anonymes (…) les marques arrivent après la guerre, au moment où ces femmes sont déjà parvenues à rencontrer un public. Les marques se contentent de suivre. Et quand elles suivent alors la vie du magazine, est pérenne ».

 

C’est vrai qu’il semble facile de se « mouiller » en mettant une Rihanna ou une Beyoncé à la une. Mélody évoque le discours de Queen B, alors qu’elle remporte le prix « Fashion Icon of the Year 2016 » du CFDA. Devant le fleuron de l’industrie de la mode, elle remercie sa mère Tina, pour l’avoir habillée tout au long de ses débuts. Une époque ou aucun designer n’acceptait d’aider Beyoncé et les Destiny’s Child; alors qu’aujourd’hui ils frappent tous à la porte. Quand le monde se met à chanter Bootylicious c’est qu’il est tant pour les marques de tenter d’ « handle it »

 

Et en France  ? Cet engouement est-il absent ? ou le problème vient-il des rédactions ? 

 

Melody n’a pas de réponse miracle : » Les rédactions n’osent pas prendre de risques ou est-ce que le public est différent ? On parle de covers qui sont anglo-saxonnes, mais circulent dans un monde global. En France si les réactions sont positives, on peut questionner l’absence de covers Françaises dans le peloton » Pourtant depuis son bureau de rédaction parisien, Mélody n’hésite pas à consacrer des lignes à Nicky Minaj « Les retours ont été bons au final (…) même si Nicky Minaj n’est pas vraiment la femme « Marie Claire ». » Prendre position : voilà ce qu’on attend d’un journaliste. Mélody questionne, et ne se laisse pas aller aux sempiternels sujets des magazines féminins. Elle va chercher les publics qu’on a oubliés, qu’on n’a pas écouté : ceux qu’on a pas voulu entendre. « L’engouement du public prouve qu’il y a une attente : la presse suit un double court. Une partie est déconnectée de ses lecteurs, par sécurité sans doute. L’autre écoute les gens en fonction de ce qu’ils ont à dire et tient à les représenter de la façons la plus juste la moins stéréotypée ».

Allo allo : qui est dans le bureau ? Qui dirige le studio ?Pour la première fois en 130 ans de Vogue US, le photographe de la cover est un afro-américain. «Si on parle des gens devant les caméras, il faut également parler des personnes dans les coulisses. Combien y a t-il de personnes non-blanches dans les rédactions, dans les studios photo ? Qui sont les make up artists et hair stylists ? » Ces questions semblent d’autant plus importantes à l’heure où ces personnes évoquent les questions d’un public qu’ils ne connaissent finalement que peu. « Il faut par exemple prendre en compte les soins particuliers demandés par les peaux ou les cheveux. » Mélody revient sur sa rencontre avec le coiffeur de Lupita Nyon’o :Vernon Francois. » Il m’expliquait que des Stylistes européens envoyaient encore des looks avec des filles blanches, blondes avec de longs cheveux raides. Comment peut-on envoyer ces références et demander à ce qu’elles servent d’inspirations pour le maquillage et la coiffure d’une femme noire ? ».Le travail d’Edward Eninfull semble l’un de plus équilibré à l’heure actuelle. Le rédacteur en chef du Vogue British ne met pas des filles noires en couverture pour en faire de joyeux trophées. « Il cherche juste à parler des femmes qu’il voit, des femmes qui l’entoure, et ce, sans regarder leur couleur. » Mélody nous le rappelle et note qu’on trouve aussi bien des femmes de couleur sur le devant que dans les pages au Vogue British.Alors qu’à côté de la sclérose médiatique, une tendance progressiste fait jour, les supers models des années 90 sur nos magazines parisiens semblent un brin dépassées.

 

C’est la zone « de non remise en question » dont Mélody nous a parlé. « Tout est potentiellement politique : les réseaux sociaux ont démocratisés la parole et on peut entrevoir les sujets sous de nouveaux angles. La mode peut devenir le terrain de questions plus politiques, et ce, en partie grâce au public qui verbalise de nouvelles demandes ». Le tout est encore d’écouter ces nouvelles attentes et de ne pas avoir peur de tenter de nouveaux types d’articles. C’est peut-être un peu ça suivre la vague Pour Mélody le flow se résume à « Ce qui coule de source, quelque chose qui ne prend pas la tête qui est naturel. »Si Mélody nous confie être arrivé dans la mode « comme un cheveu sur la soupe », nous, on a bu tout notre bol.Merci à elle et aux journalistes qui restent curieux tout en aimant les fringues, ce qui brille, et les bonnes vielles pages shoppings, ouais Mélody aime ça aussi.

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