CHRISTIAN AUDIGIER, KAIKOS KING

 CHRISTIAN AUDIGIER, KAIKOS KING 

ILLUSTRATION @SELIMMEHENNI TEXTE @MANONRNLT

Ça aurait pu ressembler à l’un de ces poèmes rédigés sur un coin de bureau avec des Crayola : C comme casquette, H comme Hollywood, R comme…rafale. Une Inondation de Stars, un Tourbillon pas très clean de frique Intrassable , et d’Auto-bronzant No-paraben.

Ça aurait pu ressemblerà un scénario de film d’escroc à la Tony Montana : arpenter la Riviera en jean délavé, et rêver de s’envoler pour les States. Claquer la porte à la figure de la France et son univers de la mode collet-monté. Frauder, se ternir se repentir… tenter d’offrir à sa fille une vie de princesse version Hilton, tout en la préservant de le horde de malfrat à qui l’on doit du blé. Christian Audigier, t’étais le rêve américain -version 2000, une vision idyllique du self-made men, pourtant on t’a classé icône ringarde.

Explorer le sens de la gloire, le mépris, la réussite – en somme l’épopée Christian Audigier. Parti rejoindre Elvis en 2015, son récit est cyniquement dépeint comme celui du « pauvre type » nihiliste sans talent, symptôme d’une société sans ambitions. Les plus conservato – intello (coucou Zeymour) réduisent sa quête au récit d’une société avide d’argent et de célébrités lombotomisées par le désastre de l’américanisation de la culture. En bref le public aurait passivement avalé l’idée que les amis, le talent et le bonheur s’achètent. Audigier, avec ses goûts « vulgaires, entretient ce scénario catastrophe du tout commerciale – ce constat est simpliste – ce constat est au service d’un partage culturel conservateur.

Credit: @Christian Audigier The Vif

Pourquoi ne pas le regarder, bien le regarder notre Audigier. Pourquoi ne pas y voir un mixte de Gainsbourg et Woody Allen. Rembobine le film: Gainsbourg brûle avec dédain 500 balles à la télé, mettant en scène la mascarade de la promesse de l’égalité des chances. La violence du geste lui vaut de nombreuses critiques mais il reste Gainsbourg, le gardien d’une certaine impertinence « à la française » autorisée par le système. Audigier de son côté, flambe sa fortune pour célébrer des moments éphémères comme son anniversaire. C’est tout aussi métaphorique, et critique d’un monde ou pour certains l’argent est devenu une nécessité tandis que pour d’autre il est une parure. Pourtant venant d’Audigier le geste est irréfléchi. Quant à ses élans égocentriques; il lui serait pardonnés si comme Allen cette performance avait été au service d’une oeuvre d »auteurs ».

Loin de l’hexagone, Audigier nous raconte l’histoire d’une France ou le partage de la bonne et de la mauvaise culture a pris la poussière. Dans la vie y’a ceux qui restent en pantalon trop court et béret pour rentrer dans le troupeau. Parfois ils essayent une casquette Von Dutch, en cachette. Y ‘a ceux aussi qui en total Look Ed Hardy, déboule en voiture tuning embrasse le rêve d’une vie ou les diktats du bon et du mauvais goût changent.

En bref tu faisais tâche, mais tu faisais bien marrer les chroniqueurs ensorbonnés qui pouvaient s’exercer à l’art de l’ironie en te bombardant de questions cyniques. Mais aujourd’hui les générations ont évoluées et sont capables, contrairement à leurs prédécesseurs d’apprécier le « mauvais gout » américain.

Au contraire, cela devient un nouveau diktat : plus que jamais des figures telles que Christian Audigier et Phillipe Plein se font analyser à coup de termes intello. Merde, je suis tombé dans le panneau …Arroseur-arrosé – Audigier le prince des parvenus, tu m’as eu.

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