JEREMY SCOTT : FEUILLES DE CHOUX, MI-CHOU MI-CHÈVRE

JEREMY SCOTT : FEUILLES DE CHOUX, MI-CHOU MI-CHÈVRE

 JEREMY SCOTT : FEUILLES DE CHOUX, MI-CHOU MI-CHÈVRE 

ILLUSTRATION @DRYVO TEXTE @MANONRNLT

Bob l’éponge, Barbie, la famille Pierrafeu, un Happy Meal et un épisode des Simpson: non ceci n’est pas la liste des éléments à rassembler pour organiser la journée idéale d’un enfant de 8 ans, mais une tentative d’anthologie des défilés de Jeremy Scott. Digérer la pop culture et en faire des vêtements coutures: tel était la recette de Jerem’ des années durant. Brillant :brillant tant que ce n’est pas congelé et réchauffé comme un Picard Surgelé.

 

Les shows Moschino et Jéremy Scott étaient comme des rayons de soleil fun dans la fashion week. Chacun savait qu’il pourrait se décrisper un peu. Ranges ton Gaffiot et ta rhétorique élitiste et embrasses des souvenirs pop. Un moment ou les heures passées devant Cartoon Network trouvent enfin leur utilité. Cette saison le ton change et il semblerait que la pop ne soit plus la meilleure amie de Jeremy Scott.

 

Aujourd’hui la pop culture n’est plus une référence exotique qui permet à un créateur de se distinguer. Partout, elle est mise en abîme. On la nomme sans la comprendre,  et ce à tout bout de champ. Dans ce foisonnement, souvent peu édulcorée Jeremy y perd son latin bikinibotommiens. La pop culture ne lui appartient plus, oh quelle traitresse. Alors le collection présentée en Février à NewYork détourne la culture tabloïd comme pour montrer que la pop culture peu trahir. Pour Jeremy Scoot il s’agit de dénoncer une obsession contemporaine de la punchline. À l’heure ou les tabloïds papiers meurent et que la culture du ragot s’immisce dans les réseaux sociaux, Jeremy Scott fait une mises en garde : méfiance, toi aussi tu n’es qu’une sombre Gossip Girl ?!

Pourtant sans Gossip, que serions-nous ?

Credit: @Jeremy Scott

Les tabloïd : les vieux démons des “wannabe” célébrités

 

Anachronisme ou crise existentielle égocentrique ?  Jeremy Scott joue le rôle de la victime éploré face à un système “infâme” de la fake news. Oh quel calvaire que d’être célèbre : une story TMZ un brin 2000’s. Un tableau tout en somme classique qui permet aux stars de trouver quelques doux refrains. Lady Gaga une jambe cassée , demande  «Do you love me Papa-Paparazzi », tandis que Britney rappelle «  They still gon’ put pictures of my derrièrein the magazine … ». Déjà en 1960 dans le Dolce Vita de Fellini les paparazzi sont présents : ils gravitent tels des parasites. Poursuivre, traquer, porter atteintes à la vie privée : tels sont leurs dada. Jeremy décide de combattre ce spécimen, se donnant par cela même une importance. Pourtant les tabloïds sont-ils encore les justes cibles dans cette bataille ? Désormais les stars nourrissent elle-même les ragots en jouant de leur auto-médiatisation sur les réseaux sociaux : Jerem” tu nous la ferais pas à l’envers? La pauvre victime persécutée ne serait-elle pas son propre bourreau ? 

 

Sorry It’s deja vu 

 

 De cette lutte éprouvante ressort une collection qui est au choix un “déjà vu” embarrassant, ou hommage au 50’s. Trenchs, robes plissés en mousseline ou tutu saccadés de messages racoleurs peint par l’artiste Aleksandra Mir. La collection recèle de technicité, mais ne semble pas inédite : un hommage à Jean Paul Gautier? Un remake de la robe « gazette » de John Galliano?  Une tentative de filiation avec ceux qu’on appelle “les enfants terribles de la mode”.  En 2000 la robe de Galliano pour Dior joue avec les seuils du tolérable. Elle s’inscrit dans la très controversée collection “Hobo Chic” : celle dont l’inspiration vient des sans abris de Paris. Galliano évoque également le Tramp Balls : des fêtes ou les “socialite”from Paris, s’habillaient comme des pauvres, juste pour le fun. Dérangeant ? L’ésthétisation de la pauvreté pause question. Si Jeremy Scott ne s’inscrit pas dans la même lignée, cette critique d’une consommation “non- avertie” des tabloïds par la population n’est-elle pas une vision réductrice des lectures possible des tabloïds. Allez un peu plus d’espoir dans la capacité du public à lire la presse de manière ironique et émancipatrice ! Les temps changent. Consommer de la presse people est une stratégie culturelle en sois. 

 

Alors qu’une retrospective du travail de Jeremy Scott à lieu à partir du 27 février à Dallas, le créateur met un pied dans l’univers “rétro” des enfants terribles des années 2000, avec sans doute la nostalgie que l’on ressent alors que l’on observe une monde qui change. Comment rester fun et vieillir ? Demande à Gary l’escargot, il miaulera sans doute quelque chose ( Gary = escargot de Bob L’éponge mais c’est sans doute là encore, un délire de vieux jeune nostalgique)