PAM IS NOT YOU’RE BEACH

 PAM IS NOT YOU’RE BEACH 

ILLUSTRATION @DRYVO TEXTE @MANONRNLT
En septembre dernier, Chanel t’a fait poser sur sa plage. Karl Lagerfeld remplaçait David Hasselhoff, et une flopée d’acheteurs et journalistes remplaçaient les figurants body buildés des bords de plage de Malibu. Pamela, t’as lâché ton uniforme de BayWatcher- ce légendaire maillot rouge échancré, mais pourtant il ne cesse de te hanter. Fantasme d’adolescents prépubères des années 1990, il réveille tous types de tensions. Vulgaire, stupide, tu ne sais que courir sur la plage et participer au mythes de la femme “objet”? Dans la bouche de féministes vétustes de classes dominantes, tu n’es qu’une entrave à la femme. Il faut dire que ce discours arrange pas mal : il apporte des arguments à une politique de mépris du divertissement, de TF1, de la ménagère, de la culture américaine, du mainstream. En bref le discours d’une élite. Pourtant, c’est cette même élite qui vient te chercher pour t’allonger sur sa barrière de sable dorée estampillée Chanel

 

La pop culture est devenue légitime. Pam Tu t’en moques, Pam Tu en ris. Bien avant d’être reconnue féministe tu sauvais les hommes de la noyade.

 

Tu as compris que jouer les femmes-enfants écervelées te permettrait d’être écoutée. Alors tu as fait une fondation, et mis ta popularité au service de la société.

Credit: @PETA

Coquillages et crustacés 

 

Bardot, Monroe et aujourd’hui Pamela Anderson :  la production de la star féminine repose sur le paradoxe vierge/putain. L’idéal d’une amante bienveillante. Une femme dont la grandeur d’âme compense les tenues pauvres en tissus. Une femme qui sait courir comme un homme, à partir du moment où elle est bien enfermée dans un poste Tv, calfeutrée dans un joli salon, nettoyée par une femme qui se mettra sans doute au régime à force de voir cette image. Cette tension n’est plus révolutionnaire et sert de marketing à bien des stars qui en font un véritable pouvoir contestataire: de Paris Hilton à Kim Kardashian. Dans les années 1990, Pamela envahit les écrans-télé. Playmate attirée par les rockeurs tatoués, ses mariages express et ses augmentations mammaires deviennent le fond de commerce des magazines People. Pourtant Anderson comprend les ressorts du star-systemet se joue des codes. Plutôt que de s’indigner : she plays the game. “Je me sens chez moi”ironise t-elle sur la plage Chanel. La bimbo-féministe : un concept qui fait moins pincer les lèvres depuis quelques années. La nouvelle  génération assume ses après-midis de Baywatchers et porte Pamela en véritable égérie libératrice.

 

Féminisme et sobriété

 

Pourtant y a comme un hic. Une pression de rédemption ? Marre de ce rôle ? 

 

Avec le numérique les stars disposent d’un nouveau mode de recours pour contester, ré-enchérir ou déconstruire l’image véhiculée pas l’ensemble des discours médiatiques. Avec Instagram, les grandes habituées des pages peoples, de la rubrique ” les 10 plus grands changements physiques ou ratages esthétiques” peuvent reprendre le dessus. Fini le lot Bimbo, Sex tape et maris toxico. Pamela Anderson adopte une image beaucoup plus épurée. Noir&Blanc, photographies léchées, citation de Rilke, Shakespeare et Fellini. Pamela ne surenchéris pas dans son personnage sexy, écervelée. Elle choisit de faire d’Instagram une fenêtre sur un côté artistique, sur son âme littéraire dont les discours l’ont privée.Il faut dire qu’elle a été la première à essuyer les scandales de Sex tapeet que son nom restera associé à des calendriers de camionneurs. Pamela a cinquante ans, et révèle un besoin de renouveler son image. Finalement elle montre qu’être féministe peut se faire dans la sobriété comme dans la vulgarité. C’est ceux qui définissent le féminisme selon une figure précise qui octroient le concept de pouvoir et en font une idéologie réductrice.

 

Alors liberté et féminisme, sur la plage abandonnée. Rangeons les carcans dans des valises en carton. Pamela, qu’elle soit en Chanel ou en Bikini est une icône qui a su se libérer de son maillot échancré.