KANYE FAIT DU BTP

 KANYE FAIT DU BTP 

ILLUSTRATION @DRYVO TEXTE @MANONRNLT

Kanye Mégallo West donne envie de casser des murs, d’acheter du mobilier de jardin, et de lire un livre sur Starck. Les fans de maison et travaux le déteste, et ceux de la FIAC on ne sait plus vraiment… mais qu’importe Kanye West fascine. Il fascine d’être fascinant, et se fascine lui-même. Un jeu de miroir avec une société européenne ou la gentrification fait la une, alors que d’autres vivent dans des bidonvilles. Maître de ta mégalomanie un dernier épisode de « Make America TrulyGreat Again »

 

I refuse to accept other people’s ideas of happiness for me. As if there’s a “one size fits all” standard for happiness”

 

Mode, musique, aide à la scène fleurissante des créateurs et service de prière à domicile via Instagram : Kanye devient un service à 360° dédié au bien être. Kanye est l’architecte de ton corps, de ton âme : alors il semblait logique qu’il se veuille devenir architecte tout court. Histoire d’acter ce statut de manière évidente au yeux de tous, et affirmer son projet transversal de restructuration de l’industrie culturelle. Kanye West joue carte sur table : en 2018 il annonce l’arrivée de Yeezy Home « Une aile de Yeezy dédiée à l’architecture.(…) Nous recherchons des architectes et designers qui souhaitent rendre le monde meilleur. » déclare t-il. En route pour le grand chantier vers un fairy tale New-Hollywood, ou un nouvel ordre social redistribue les chances, ou les inégalité s’évaporeront grâce à un art induit à chaque instant dans l’espace quotidien. Un monde ou nous vivrons la fureur de la créativité sur un mode démocratique : Mama Kanye soigne les cœurs que la politique a blessé avec son art du BTP rédempteur.

 

Au début de la décennie, Kanye livrait sa facette « Valérie Damidot » à Vanity Fair en dévoilant l’intérieur de son appartement New-Yorkais décoré par l’architecte minimaliste Claudio Silvertrin qui a notamment œuvré pour Gorgio Armani. Vedette chic, aimant les déclinaisons de beige, son style dit « moderniste » appesanti West. Haut perché dans les skylines New Yorkais, ce style semble surtout inaccessible.

 

En 2013, alors de visite à Harvard, West se hissa sur une table pour parler aux étudiants de la place de l’architecture : « Je crois réellement que le monde peut être sauvé grâce au design. Tout a besoin d’être « architecté ». Je pense que l’utopie est possible, mais il faut être guidé par la dignité, le bon goût plutôt que le politique. J’apprécie que les gens de cette école ne soient pas feignants de créativité. » Une clé pour résoudre les conflits du monde ? Trois mots important : « architecté », « politique » et « utopie ».

Selon le philosophe Michel Foucault, l’architecture s’est multipliée dans les discours politique à partir du XVIIIe en Europe. « Tout traité qui envisage la politique comme l’art de gouverner les hommes comporte nécessairement un ou plusieurs chapitres sur l’urbanisme(…) Ce changement n’est peut-être pas dans les réflexions des architectes sur l’architecture, mais il est très perceptible dans les réflexions des hommes politiques. » Foucault souligne la politisation de l’urbanisme, regretté par Kanye. De tout temps l’architecture a été un dispositif technique au service d’un projet politique mais également une illustration de la répartition du pouvoir dans la société : voilà pourquoi Trump à besoin de si grosses tours.

 

Kanye évoque également le besoin de récit utopique : la dernière denrée dont le plus démunis ont été privé ?

 

Encore une fois Foucault répond « Si l’on trouvait un lieu – et peut-être en existe-t-il – où la liberté s’exerce effectivement, on découvrirait que cela n’est pas grâce à la nature des objets, mais, une fois encore, grâce à la pratique de la liberté. Je pense que l’architecture peut produire, et produit, des effets positifs lorsque les intentions libératrices de l’architecte coïncident avec la pratique réelle des gens dans l’exercice de leur liberté. » En bref, certaine domination sont encastrées dans les mur, et ils difficile d’aider les gens à sortir d’un conditionnement qu’ils ont subit toute leur vie . Quoiqu’il en soit les intentions de liberté de Kanye sont un premier pas.

 

Pour ce, West a déjà collaboré avec Jacques Herzog ( à l’origine de la conception de plusieurs stades) ou Rem Koolhass dont les réflexions portent sur les «  nouveaux types de relations théoriques et pratiques entre l’architecture et la situation culturelle contemporaine ». Avec son copain Virgil Abloh, il a mis un premier pied dans la machine. Pour rappel, ce dernier à qui un retrospective intitulée « Figure of Speech » a actuellement lieu à Chicago , a notamment dirigé DONDA, la compagnie créatrice de contenus artistiques de Kanye. Aujourd’hui la rétrospective qui éclaire le travail transdisciplinaire de Abloh, est organisé par Rem Koolhaas- tiens encore lui.

 

Le réseaux est là : solide. Ils infiltrent les différentes industries culturelles. Remet des shoes NikeX Abloh X Evian, va aider la terre qui souffre. Un brin schizo ? C’est là tout le paradoxe qui habite le designer, et plus globalement toutes forme d’art qui s’inscrit dans les revendications sociales (pensons à Art&Craft). Le rejet des conséquences sociales de l’industrialisation ne peut s’envisager sans comprendre les règles économiques et idéologiques en cours : alors il faut marcher avec les système, se prêter au jeu de l’argent, du luxe, du pouvoir. Catherine Geel demande naturellement : Comment le designer en irriguant par la conception le monde de la consommation devenue problématique, peut-il encore prétendre participer à la fondation d’un monde meilleur pour tous ?

Kanye s’y plonge pour nous.

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